Jean-Baptiste-Jules Bernadotte

15 01 2007
Jean-Baptiste-Jules Bernadotte

Jean-Baptiste Jules Bernadotte, né le 26 janvier 1763 à Pau (France), mort le 8 mars 1844 à Stockholm (Suède), eut un destin singulier, passant, en l’espace de vingt-huit ans, d’un modeste grade de sous-officier français, en 1790, au rôle prestigieux, en 1818 de roi de Suède et de Norvège (sous les noms respectifs de Charles XIV Jean (Karl XIV Johan) et Charles III Jean (Carl III Johan)), après avoir été tour à tour, sous le Consulat et le Premier Empire, ambassadeur, ministre, général puis maréchal d’Empire.

Jeunesse


Futur procureur au Parlement, Bernadotte suivit des études solides mais courtes, base excellente pour un travail autodidactique qu’il entreprendra plus tard avec un plein succès. Travaillant comme petit clerc chez un procureur, il apprend les bonnes manières qui lui attiraient les suffrages des plus belles femmes.
A la mort de son père en 1780, il décide de s’engager au régiment de Brassac pour connaître l’aventure et libérer sa mère d’une charge trop lourde.

Soldat de la révolution


Bernadotte est adjudant sous-officier en 1790. La guerre lui assure une rapide promotion. A l’armée du Rhin sous Kléber, le 29 juin 1794 il devient général de brigade, et général de division, le 23 octobre suivant. Passé en Italie en 1797, il est envoyé par Bonaparte présenter au Directoire les drapeaux pris à l’ennemi.
Bernadotte éprouvait pour Bonaparte une admiration involontaire tempérée par la méfiance et l’envie.
Bernadotte fut un modèle de commandement, ” Ses troupes, disait Desaix, sont les mieux tenus de l’armée “. Bernadotte avait l’habitude de partager la vie de ses soldats en campagne, ne leur demandant rien d’inutile, son talent d’orateur et son courage faisant le reste.
Ambassadeur à Vienne de février à avril 1798, médiocre ministre de la guerre du 3 juillet au 14 septembre1799, Bernadotte, séduisant et beau parleur passe alors pour ” l’épée ” des néo-jacobins en cas de coup d’état mais Sièyes s’arrange pour le faire démissionner. Resté neutre au 18 Brumaire, il est cependant choyé par Bonaparte, car il a épousé Désirée Clary, sa première fiancée et la sœur de la femme de Joseph.
Bernadotte aimait Désirée et fut déçu lorsqu’il apprit qu’elle préférait rester à Paris que de l’accompagner à Stockholm. Désirée connut de nombreuses aventures, gardant ses manières de jeune fille gâtée. Atteint par la mort du Duc de Richelieu, son dernier amant, elle rejoignit Bernadotte en Suède et assagie, devient une bonne Reine aimée par son peuple.

Un maréchal médiocre


Mis à la tête de l’armée de l’Ouest, pour une mission de pacification, il est compromis par la conspiration des ” libelles “, dite aussi ” des pots de beurre ” montée par le général Simon, son chef d’état-major. Fouché étouffe l’affaire, mais Bernadotte, habile à cacher ses politiques personnelles, est privé de son commandement. Il devient maréchal en 1804 et prince de Ponte-Corvo deux ans plus tard, bien qu’il reste discret dans les grandes batailles, comme à Austerlitz par exemple (2 décembre 1805). Lors de la double bataille d’Auerstadt et d’Iéna, le 14 octobre 1806, Bernadotte, qui a pour mission de soutenir le corps de Davout aux prises avec le gros de l’armée prussienne, attend la soirée pour bouger ! Napoléon ne semble pas lui en tenir rigueur.
En revanche, quand il s’agit de poursuivre les restes de l’armée prussienne, il chausse les bottes de sept lieues pour parcourir toute la Prusse du sud au nord. Après avoir forcé les Prussiens de Blücher à capituler en rase campagne, il traite les officiers de la division suédoise faite prisonnière à Lübeck avec politesse et respect. Ce comportement, exemplaire aux yeux de la Diète de Stockholm, ainsi que le désir de la Suède de se rapprocher de la France pour contrer la Russie, ont une conséquence inattendue : le 21 août 1810, les Etats généraux d’Œretro choisissent ce maréchal français comme prince héréditaire de Suède. Napoléon ne s’y opposera pas, ne serait-ce que parce qu’un maréchal français sur le trône de Gustave-Adolphe est un des plus jolis tours joués à l’Angleterre.
Pour le moment, il combat encore sous les ordres de Napoléon. C’est pendant la campagne de Pologne, en 1807, qu’il montre sa meilleure maîtrise du commandement. Il se replie de brillante manière face aux armées russes de Benningsen, permettant à Napoléon d’engager la manœuvre d’Eylau (8 février 1807).
En revanche, son corps ne participe ni à cette dernière bataille, ni à celle de Friedland (14 juin 1807). Bernadotte est finalement destitué par l’Empereur - alors qu’il souhaitait le fusilier sur ses premières intentions - pour la conduite du corps saxon dont il a le commandement lors de la bataille de Wagram (5-6 juillet 1809).Son corps ne parvient pas à prendre les lignes prussiennes et se replie en déroute lors de la première journée de la bataille (5 juillet). Le lendemain, alors que les forces sous le commandement de Napoléon sont victorieuses, il lance une proclamation élogieuse à ses troupes, qui s’étaient débandées la veille.
Fouché lui obtient l’armée de l’Escaut à la fin de juillet 1809, mais l’Empereur la lui enlève dès septembre.
Bernadotte ne doit en réalité sa position qu’à son mariage avec Désirée que Napoléon a aimé durant sa jeunesse. Cette femme a sut protéger son mari des colères de l’Empereur par sa seule présence.

Un homme opportuniste


Charles XIV, roi de Suède et de Norvège

Le 21 août 1810, le roi Charles XIII n’ayant pas d’enfant, les états généraux d’Oerebro l’élisent prince héréditaire de Suède. L’Empereur accepte ce choix non sans réticence et avec beaucoup de prudence, ne souhaitant pas froisser son allié russe le tsar Alexandre qui est à l’origine de cette élection. L’Empereur espère seulement tenir un allié solide au nord de l’Europe.
Cependant les intérêts de sa nouvelle patrie se heurtent à ceux de la France. Si Bernadotte cède d’abord aux injonctions de Napoléon et déclare la guerre à l’Angleterre, il revient sur sa décision dès 1812 et signe une alliance avec le tsar, Alexandre 1er. Bernadotte joue avant tout la carte de l’avenir et prend son indépendance vis à vis de l’Empire, ne se considérant plus français. Voyant l’Empire ébranlé, il entre en 1813 dans la coalition contre la France et devient commandant militaire de celle-ci. C’est alors qu’il se révèle enfin un général de talent, battant Oudinot à Gross Beeren (23 août 1813) et Ney à Dennewitz (6 septembre 1813). Il est à Leipzig, mais n’entre pas en France ne voulant pas combattre sur ses terres. Peut-être a-t-il pensé remplacer Napoléon sur le trône. Le tsar Alexandre n’y était pas hostile, car il lorgnait la couronne de Suède pour un de ses neveux. Si l’opération n’aboutit pas Bernadotte obtient au moins la Norvège enlevée au roi de Danemark, ex-allié de Napoléon.

Roi de Suède et de Norvège


La famille Bernadotte en 1837

Le 5 février 1818 à la mort de Charles XIII il devient roi de Suède et de Norvège, sous le nom de Charles XIV. Il fut très populaire dans ces 2 pays. Bien que ses positions ultra-conservatrices furent souvent contestées, sa dynastie ne fut jamais réellement en danger; les suédois et norvégiens étaient fiers de posséder un monarque à la réputation de dimension européenne. En 1840 cependant il fut cependant près d’être contraint à l’abdication, mais la tempête finit par se calmer et c’est avec grand enthousiasme que fut célébré son jubilé en 1843.Bien qu’il converti la cour suédoise au Luthéranisme lors de son arrivée au pouvoir, il n’a jamais appris à parler suédois ou norvégien, ce qui n’était pas réellement un obstacle à la cour. En effet cette dernière parlait déjà très bien français, cette langue ayant été depuis des années la langue favorite de l’aristocratie.
Il mourra à Stockholm le 8 mars 1844; son fils Oscar I lui succéda. Ses descendants règnent encore sur la Suède. Son règne fut marqué par une paix ininterrompue, et le développement important des 2 royaumes durant la première moitié du XIXème siècle fut principalement due à son énergie et sa prévoyance.Il est rapporté que, de son vivant, Charles XIV Jean n’aurait laissé aucun médecin l’examiner torse nu. On en aurait découvert l’explication lors de sa toilette funèbre : cet ancien soldat de la République aurait en effet été porteur d’un tatouage disant « Mort aux rois ! »

Relation avec Napoléon


A St-Hélène, Napoléon lui a fait grief d’avoir “donné à nos ennemis la clé de notre politique, de la tactique de nos armées”., “Bernadotte… s’est montré ingrat envers moi, qui fus l’auteur de son élévation; mais je ne puis dire qu’il m’ait trahi. Il devint en quelque sorte Suédois; et il n’a jamais promis ce qu’il n’avait pas l’intention de tenir. Je puis l’accuser d’ingratitude, mais non de trahison”.


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